Écouter légalement la musique soutient la création artistique

Cet article m’a été inspiré après une discussion avec Smarty. C’est vrai que j’ai l’idée d’écrire sur le thème depuis 2019. Mais j’ai honte, j’ai beaucoup traîné. Mieux vaux tard que jamais. 

Cette année 2021 a connu de grosses sorties d’albums des grosses pointures de la musique burkinabè. Sans pouvoir les citer exhaustivement, j’ai noté Imilo Lechanceux en février avec l’album Intégration, Amzy, Ma Mission et Kayawoto avec Maouland en mars, Alif Naaba avec So Wok et Floby avec Wend’So en juin, Greg Burkimila avec Halaalé en septembre, Duden J avec Le retour du Brave et Smarty avec Odyssée en octobre. 

Si les points communs de toutes ces sorties résident dans la communication et dans la distribution, les observateurs digitaux comme moi avons remarqué éminemment l’activation et la distribution digitale. Tous ces albums ont été rendus accessibles sur les plateformes de streaming et de téléchargements légaux. Apple Music, Spotify, Deezer, Tidal, Google Music, Digster, Amazon Music, Boomplay, SoundCloud ; pour ne citer que ces plateformes populaires. 

Qu’est-ce qu’une plateforme de streaming musical ?

Lorsque Apple lance le iPod il y a 20 ans, le message publicitaire était simple et accrocheur. Plus de 1000 chansons dans votre poche. Il faut dire que cela arrive à une époque où les gens écoutaient la musique avec les Walkman et il fallait traîner plusieurs cassettes (les jeunes restez à côté). C’était encombrant. Avec le iPod, on synchronise sa musique dans un petit appareil et partout où on est, on peut l’écouter.

En 2015, Apple lance Apple Music qui prend l’expérience plus haut. Cette fois ci, toute la musique est chargée sur des servers par les artistes, les maisons de distribution, etc. Il vous suffit d’écouter directement la musique à travers l’application Apple Music via Internet ; ou bien même de télécharger les chansons, les albums et les playlist que vous aimez et vous les écouter même sans connexion Internet. L’accroche publicitaire reste la même mais évolue énormément. On passe de plus de 1000 chansons dans votre poche à plus de 60 millions de chansons dans votre poche.

Apple n’est pas le seul acteur. Spotify, Deezer, Tidal, Google Music, Digster, Amazon Music, Boomplay, SoundCloud, etc. en font de même. Offrir la possibilité d’écouter légalement la musique où l’ont veut. 

Pourquoi faut-il écouter la musique via les plateformes de streaming ?

Il existe plusieurs raisons mais je vais vous en donner 4

1- Pour votre propre confort pour la facilité d’utilisation

Si vous avez testé une application de musique, vous risquez de ne plus demander à quelqu’un de vous envoyer de la musique par Bluetooth ou même de chercher à télécharger illégalement la musique. Vous pouvez écouter directement en streaming si vous avez la connexion. Vous pouvez aussi télécharger pour écouter en mode hors connexion. Vous pouvez suivre des artistes, un peu comme quand on s’abonne pour suivre les actualités d’un artiste sur les réseaux sociaux. 

L’autre aspect de ce confort c’est la reconnaissance automatique des chansons. En effet, des applications comme Shazam sont là pour vous aider. Vous êtes dans un maquis, une boîte de nuit, vous écouter la radio où vous suivez la télé ou un film et vous entendez une chanson qui vous plait et vous ne savez pas quel est le titre et qui est l’auteur, vous pouvez shazamer la chanson ; c’est-à-dire lancer l’application qui va écouter et enregistrer un bout de la chanson, l’envoyer sur des servers où les chansons sont samplées, revenir vous donner les détails. Personnellement, c’est devenu ma principale source de découverte de chansons. J’utilise Deezer avec un abonnement familial. L’application Deezer dans la fonction recherche à ce qu’ils appellent SongCatcher. Quand j’entends qui me chanson que j’aimerais avoir dans mes playlist, je lance SongCatcher qui recherche et me renvoie la chanson. Il me suffit de l’ajouter et hop, c’est parti pour écouter où je veux et quand je veux. J’ai même écrit un article sur Floby en 2018 par rapport à cela. Vous pouvez lire l’article et suivre les instructions de test ici

Ecouter de la musique en streaming vous débarasse des tralala de recevoir la musique via Bluetooth, de brancher votre téléphone à un ordinateur pour transférer la musique, etc. L’autre avantage aussi et confort, c’est la mémoire de votre téléphone. Vous pouvez choisir d’écouter la musique directement en ligne. En ce moment, votre musique est dans votre téléphone sans y occuper de stockage.

2- Pour votre cyber sécurité

Télécharger de la musique sur YouTube vous expose aux virus informatiques (nous sommes en période de coronavirus et la précision est importante). Pour ceux qui l’ont déjà fait, vous remarquerez qu’avant de lancer le téléchargement, plusieurs fenêtres s’affichent et il faut beaucoup cliquer. Vous ne vous rendez pas compte des fois mais c’est la porte ouverte pour installer des virus ou des trackers sur votre smartphone ou ordinateur à votre insu. Les dégâts peuvent être énormes. Autres risques, c’est l’achat des musiques sur clés USB. Les clés USB sont probablement passées par plusieurs PC, infestées parce que ceux qui téléchargent les musics illégalement risquent grandement de prendre des virus informatiques tel que décrit plus haut. Résultats des courses, vous traînez avec des virus dans la clé.

3- Suggestions de musics et playlists

Les applications de streaming musicaux embarquent de l’intelligence artificielle qui suit et analyse vos modes d’écoute. En fonction de ce que vous aimez écouter, les algorithmes vous suggèrent des chansons, des albums ou des playlist entiers. 

4- Soutien aux artistes et la création artistiques 

La création artistique coûte cher en temps, en ressources matérielles, en don de soi et surtout en argent. Coûts des studios, des enregistrements, des ingénieurs de son, coûts de reproductions, coûts de distribution, coût de production des clips vidéos, coûts de communication, coûts de prise en charge de tout le staff de l’artiste, etc. ; la liste est longue. Si après tous ces coûts il faut aller pirater les œuvres pour les écouter sur clés USB ou CD, comment l’artiste pourra refaire de bonnes sonorités pour les mélodies nous bercent ? Pourtant avec une souscription à moins de 3.000F par mois sur Deezer par exemple, vous avez accès à tout ; sans limite, tant que c’est disponible. Encore que à la base, ces services sont gratuits. Vous pouvez écouter la musique sans souscrire à un abonnement. Mais vous serez juste embêté et obligé d’écouter en permanence de la publicité. 

Donc si nous aimez nos artistes, nous les suivons sur les médias sociaux et nous likons, commentons et partageons leurs publications, nous devons aussi agir positivement en consommant légalement leurs productions. Ils vivent de ça.

Mais comment cela marche ? En quoi écouter la chanson d’un artiste fait du soutien pour lui ?

Écouter la chanson d’un artiste sur une plateforme légale lui fait gagner de la popularité. C’est comme sur les réseaux sociaux. Quand vous suivez et réagissez aux publications des artistes, cela les fait gagner en popularité. Ils seront encore plus exposés et d’autres artistes ou acteurs du monde de la musique peuvent les découvrir à l’international. Cela peut faire de grosses et fructueuses collaborations. On se plaint souvent que nos artistes ne sont pas connus à l’étranger. On se rappelle de la polémique créée en 2019 lorsque Charlotte Dipanda, présente au Burkina Faso dans le cadre des Kundé dit ne pas connaître d’artistes Burkinabè. Si diplomatiquement on peut avoir quelque chose à dire, la vérité c’est est-ce qu’elle n’a pas dit vrai ? Imaginons si notre musique est poussée et nos artistes vus régulièrement sur les plateformes digitales, ils seraient probablement encore plus exposés. Je ne suis pas entrain d’ignorer les concerts, la télé, les voyages, les rencontres musicales qui permettent de connecter les artistes à travers le monde. Mais les plateformes digitales sont un plus et elles sont puissantes. 

Le second et le plus important des avantages d’écouter les chansons sur les plateformes musicales c’est que les artistes gagnent de l’argent. Oui oui, littéralement de l’argent. Dans certains zones du monde, on ne vend presque plus de CD. Tout est en ligne. Les artistes qui passent par des plateformes professionnelles de distribution digitales de leur musique gagne de l’argent. En effet, la plateforme va signer des accords avec l’artiste. Elle se charge de mettre en ligne les chansons sur le compte professionnel de l’artiste.

Ensuite, il y a des compteurs d’écoutes qui permettent de générer le nombre d’écoutes. On estime par exemple que Spotify paie entre 0,006$ et 0,0084$ (environ 5F par écoute) aux détenteurs des droits. Vous allez me dire mais c’est ridicule ça ! Oui, vue à l’unité c’est ridicule. Mais à grande échelle, c’est beaucoup d’argent. Des artistes sont écoutés et téléchargés des milliards de fois sur ces plateformes. Je vous laisse faire le calculs. D’autres méthodes de calculs comme le pro-rata sont appliquées. On estime que environ 70% des revenus des plateformes de streaming sont payés aux détenteurs des droits.

Les artistes doivent jouer un rôle central de la promotion de leur musique sur les plateformes digitales

Il y a déjà des efforts énormes qui sont faits sur les visuels qui affichent clairement la possibilité d’écouter la musique sur les plateformes de streaming. Il y a aussi les publications dans ce sens.

Il faut aller plus loin. Il faut faire comme Smarty et Alif Naaba. Il faut sensibiliser ouvertement.

Alif Naaba par exemple publie régulièrement les liens (https://wiseband.lnk.to/Alif-Naaba-So-Wok) pour écouter sa musique sur les plateformes de streaming. Il a même publié dernièrement une cartographie statistique des écoutes à travers le monde.

Alif Naaba – Facebook

Certains achètent les musiques piratées sans même savoir que c’est illégal et que les impacts sont dévastateurs. Le régulateur à travers le BBDA combat ce phénomène à travers les taxes RCP (Recettes Copies Privées), c’est-à-dire le fait d’appliquer une taxe à la source sur l’importation des équipements pouvant faire des copies privées (outils de stockage de contenus) d’œuvres de droit d’auteurs. Ces équipements sont notamment les clés USB, les disques dures, les CD, les téléphones portables, les tablettes, les ordinateurs, les lecteurs MP3, etc. Ces taxes ou une partie sont ensuite reversées à la cagnotte pour les partages de droites d’auteur. Mais combien de ces équipements entrent frauduleusement sur le territoire sans qu’aucune taxe ne soit appliquée.

Il faut que les artistes, qui sont des influenceurs, des leaders d’opinion, des personnalités dont les messages sont écoutés participent à la sensibilisation. Ça sera un travail de longue haleine mais nous y arriverons. 

Cet écrit est long, certes. Si ça vous a fatigué de le lire, ça m’a fatigué aussi de l’écrire. Rires… Mais j’espère avoir pu éclairer, apporter des éléments des réponses sur le sujet et surtout ; apporter ma pierre à la sensibilisation. Je recommande vivement aux artistes, à leur staff et aux acteurs de la musique de participer au débat en partageant déjà cette publication. 

Boukary Zorom

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